• Felicidad, de Jean Molla

     

    Tout d'abord, je tiens à préciser que cette chronique est la première que j'aie faite et elle est vraiment très médiocre du point de vue de la forme. Très scolaire, peu engageante, longue... Mais voilà, j'ai beaucoup aimé Felicidad et il y a plusieurs mois que je l'ai lu, aussi réécrire une chronique signifierait d'abord relire le livre, or... je n'ai pas vraiment le temps... Alors je vous laisse quand-même cette chronique, car vraiment, Felicidad en vaut la chandelle, même pour ceux qui n'aiment pas la SF.

     

     

    Beaucoup de choses à dire pour ce petit roman ! Je suppose que vous devez avoir lu les nombreuses précédentes chroniques à son propos, je vais donc essayer de ne pas trop répéter les choses. Cependant, il y a certains points que je voudrais ajouter.

    I) La couverture

    Quand on voit ça, on s'attend immédiatement à un roman de science fiction. Cette armée de visages inexpressifs nimbés d'une lueur bleutée, fait penser à l'armée de statues de la Cité Interdite, destinées à défendre l'empereur chinois jusque dans la mort. Une armée, oui, c'est le mot. Mais une armée de statues ou... de robots ? Déjà, devant cette image, on ressent un malaise, un trouble. On s'interroge... De quoi s'agit-il ?

    II) L'histoire, avant-goût

    Quand on entre dans le livre, on a l'impression d'être confronté à une nouvelle version du "Meilleur des Mondes", oeuvre fondatrice de la science fiction que nous propose l'Américain Huxley. Dans l'un comme dans l'autre, la société se veut parfaite et pour cela... La liberté des individus est supprimée de manière perverse : en apparence, ils sont libres. Mais ils sont tellement formatés à obéir aux lois sans broncher, notamment par la propagande, qu'ils agissent en fait comme des robots. Autre détail qui fait penser au "Meilleur des Mondes" : les parumains, ces imitations humaines conçues pour faire les travaux ennuyeux ou difficiles à la place des humains. Considérés comme des gadgets, des machines, ils sont dits dotés d'une imitation de conscience et sont habilement contrôlés pour obéir sans broncher. L'horreur de leurs conditions de vie se dévoile à travers tout le livre, car, savamment entremêlées à l'action, les descriptions révèlent à chaque fois un nouveau détail de fonctionnement de la société de la Grande Europe. Et puis les chapeaux du texte placés au début de chaque chapitres, sous forme de citations de différents auteurs contemporains à l'histoire, nous aident non seulement à comprendre ce monde, à mieux le cerner (notamment en le dotant d'une littérature, ce qui lui donne une consistance, un relief), mais aussi nous apporte différentes visions de la société en question, propres à chaque auteur de citation. 

    Le début : je rejoins la plupart des chroniqueurs sur ce point : on n'entre pas facilement dans le livre. Si le style des phrases ne m'a pas gêné et si le vocabulaire ne m'a pas beaucoup dérangée (j'avais lu le glossaire avant, et je vous conseille d'en faire autant^^), il est vrai que le changement de points de vue (celui de Buisson, ministre du Bonheur obligatoire, celui d'Arouet, conseiller spécial du ministre de la Sûreté intérieure...) n'aide pas le lecteur à savoir où il va, et on a du mal à s'attacher à l'un ou à l'autre narrateur. Quel est le personnage principal ? Le danger d'un tel début est que le lecteur se désintéresse de l'histoire par peur de s'ennuyer par la suite. Il est vrai qu'il est important de s'attacher aux personnages, pour s'impliquer dans l'histoire. Là aussi, c'était le défaut du "Meilleur des Mondes" : les personnages n'étaient qu'un outil pour présenter le monde en question, lui-même une critique de notre société, et le lecteur suivait l'histoire de loin. 
    Mais à partir de la 80ème page à peu près, ça y est, l'histoire démarre. Deckked s'affirme comme personnage principal et le mystère de l'enquête, d'abord difficile à cerner puisqu'on avait l'impression de savoir déjà de quoi il s'agissait, s'épaissit. Pourquoi le commanditaire de l'enquête souhaite-t-il préserver de grandes zones d'ombres dans l'affaire ? Pourquoi de nombreux intrigants trouvent-ils accidentellement la mort depuis des années déjà ? Qui sont ces étranges parumains à la force incroyable, où se cachent-ils, que mijotent-ils ? Deckked ne joue-t-il ici que le rôle d'enquêteur ?? 
    Alors les événements s'enchaînent, un à un, de plus en plus vite. Les rebondissements fusent et l'auteur, Jean Molla, s'amuse à piéger le lecteur, à le perdre, à le tromper. Du coup le suspense ne cesse d'augmenter, et alors que j'avais mis plusieurs heures à lire les cent premières pages, j'ai dévoré la suite en si peu de temps que quand j'ai refermé le livre, j'ai été surprise par ma vitesse. Et par toutes les révélations, qui vous font tomber si vous n'êtes pas assis. Finalement, le fait que l'oeuvre commence si lentement est un atout : le lecteur est d'autant plus surpris par l'explosion d'action et de révélations qui suivront. On en sort avec une très bonne impression ! Quelle enquête ! On aime Deckked, on aime certains personnages qui, pourtant, ne devraient pas l'être aux dires du camp qui se dit le meilleur, le camp parfait. On commençait l'histoire avec les points de vue de ce camp-là, et on aime les retournements de situation !
    Une petite critique cependant : Certaines révélations étaient prévisibles longtemps à l'avance. On l'oublie vite puisqu'elles sont accompagnées d'autres révélations qui vous prennent de cours. 

    III) Le(s) message(s) :

    Oui mais voilà, "Felicidad", ce n'est pas qu'un roman policier. On croit qu'il s'agit d'un simple roman d'anticipation mais... J'ai été très chamboulée par les nombreux messages qu'il nous prodigue. Détrompez-vous, il ne nous mâche pas le travail ! Pas de personnage sentencieux qui exprime les morales à voix haute, non. Juste une description d'une société qui, au départ, apparaît comme un futur imaginaire de notre monde à nous. Sauf qu'étrangement, cette société ressemble à la nôtre... Presque trait pour trait. Les choses sont-elles déformées ou bien ne sont-elles pas plutôt des métaphores pour souligner les perversités grandissantes de notre société à nous ?? Ces grandes sociétés comme Génégène qui deviennent si prospères qu'elles ont le véritable pouvoir sur l'État, cette incitation grandissante à la consommation, cette notion de Bonheur obligatoire qui rappelle l'American dream... Et je passe beaucoup de détails. Lecteurs, attendez-vous à vous horrifier à la lecture de ce livre, parce que ce qu'il nous dépeint, ce n'est pas un autre monde, c'est le nôtre !! Il nous invite à nous poser des questions, à faire le lien, nous-mêmes, avec ce qui nous entoure, ainsi le lecteur n'est pas du tout passif face à ces pages noires de texte. Voilà, il y a comme un lien fort qui unit le lecteur au livre. C'est incroyable comme un écrit si petit peut arriver à dépeindre parfaitement, non pas l'apparence de notre monde mais son essence, son véritable visage. 
    Mais il n'y a pas que cela. Il y a aussi beaucoup de philosophie, et si vous voulez vous y former un peu, je vous conseille de le lire ! Oh, non, Jean Molla ne revendique pas l'oeuvre comme un livre philosophique. Mais quand on lit, on en vient à se poser beaucoup de questions... philosophiques. C'est destabilisant, cette société qui se veut parfaite. Beaucoup de fois on a essayé d'en fonder une... Alors, existe-t-il une société parfaite ? Comment en former une ? L'État doit-il tout se permettre pour bien fonctionner, même si c'est au détriment de la population, pour le bonheur de laquelle il a pourtant été fondé ? Qu'est-ce qui ne va pas dans les utopies déjà proposées ? Pour ma part, j'ai cherché réconfort auprès d'un grand philosophe historique : Machiavel. Il nous livre une belle réponse à cette grande question, et sincèrement, je vous souhaite d'écouter les leçons qu'il nous prodigue ! Autre question : qu'est-ce que l'Homme ? Quel est son destin ? Jusqu'où peut-il se permettre de mener son intelligence ? Cette dernière est-elle un don de la nature, un hasard, et surtout, est-elle là dans un but particulier ?

    En tout cas, il y a là une véritable critique du capitalisme excessif : on oublie que l'État fut créé pour le bien-être des citoyens. Aujourd'hui tout est fait pour qu'une société prospère, même si on ne voit pas que plus il y a du progrès, plus le chômage et la misère augmentent.

    À chacun de se faire une idée en lisant ce livre, que je vous recommande sincèrement. Moi, je lui mettrais 19/20 ! Pas de morale : à vous de la déduire à votre guise, ce qui fait que la lecture de ce livre est très, très personnelle. Et si vous n'avez pas envie de réfléchir, prenez-le comme un bon divertissement, car l'enquête est géniale ! 

     

    Chronique rédigée pour Gallimard Jeunesse, sur leur blog http://groups.skyrock.com/group/8a2m-ON-LIT-PLUS-FORT-Harry-Potter-Fantasy/30

     

     



    3 commentaires
  •  

     

    Reckless, de Cornélia Funke

     

    Posé entre tes mains, le livre à la couverture mystérieuse te fixe avec intensité, de son oeil ambré, figé. Il t'appelle cet oeil, il t'intrigue, et tu devines à ses sourcils froncés, à la peau étrangement craquelée qui l'entoure, qu'une ombre planera sur l'histoire. Quelque chose de dramatique... De terrible. Alléchant. Tu ouvres la page cartonnée, tu respires l'odeur du papier, et l'auteure vient te prendre par la main ; elle sait manier la plume, autant pour l'écriture que pour le dessin, et le croquis qui ouvre le chapitre comme une clef, t'aide à entrer dans le monde singulier où vit, depuis plusieurs années, le jeune Jacob Reckless. Quel plaisir de découvrir dans ce livre l'essence à peine modernisée des contes d'Andersen et des frères Grimms, ces contes si sombres venus de l'Est, qui ont bercé ton enfance et t'ont appris la peur. Ce n'est pas commun, un roman qui oublie les elfes, les centaures et les sphinx, et qui cherche à se souvenir des vieilles légendes nordiques, de les ranimer, et d'y apporter une petite touche de la personnalité de l'auteur. Ces licornes si cruelles, ces nains qui ont quitté leurs mines pour les villages, ces sorcières bienveillantes et ces fées malfaisantes... Tu apprécies cette initiative de fuir les clichés, qui reviennent si souvent dans tant d'oeuvres de Fantasy en ce moment !

    Oui, mais tout de même, tu es déçue. Déçue, parce que les chapitres, trop courts, donnent l'impression d'une succession un peu brouillonne de scènes qui auraient pu être mieux étudiées. Les moments de suspense ne sont pas poussés jusqu'à leur comble, ce qui fait que tu es frustrée. Tu n'as pas assez peur, et quand viennent les scènes de bagarre, tout se déroule si vite que tu n'en mesures pas l'importance. Jacob est attachant mais l'on n'a pas le temps de faire sa connaissance, sa manière d'entrer dans le nouveau monde est trop vite racontée et... un peu cliché malheureusement. Le monde derrière le miroir... D'où vient-il, quel est-il, pourquoi derrière ce miroir et pas un autre ? On dirait que l'auteure saute cette étape, met l'histoire du miroir dans un tiroir pour peut-être ressortir l'explication dans les tomes suivants, sauf que tu n'es pas assez intriguée par ce mystère pour en attendre la réponse. Tout va trop vite : le roman commence très, très rapidement, tu es destabilisée car tu n'as pas le temps de te familiariser avec l'univers de Cornelia Funke. Tout va si vite qu'on a parfois l'impression que le livre est une sorte de catalogue des légendes nordiques, ce qui est bien dommage... Enfin, Cornelia Funke écrit bien mais elle a quelques tics de langage qui sont parfois agaçants : trop de phrases très courtes, censées relever la monotonie du texte, mais qui finissent par exaspérer.

    Ainsi, tu es très mitigée. Ce n'est pas que tu n'aimes pas Reckless, non, parce qu'en même temps tu aimerais tellement l'adorer, le dévorer, tant ces légendes te rappellent des choses, des émotions, et tu es si frustrée de ne pas arriver à les ressentir de nouveau, ces émotions... Tu te dis que peut-être les tomes suivants te plairont mieux, tu songes à ces beaux croquis que tu as adoré regarder et dont tu aimerais voir les futurs frères. Et puis peut-être que Reckless s'adresse à un public plus jeune, d'environ onze/quinze ans... 

    Alors tu préfères ne pas trop te prononcer, ne pas dire que tu aimes ou que tu n'aimes pas, tu es trop partagée. Tu attends la suite pour te décider...

     

     

    Chronique rédigée pour Gallimard Jeunesse, sur leur blog http://groups.skyrock.com/group/8a2m-ON-LIT-PLUS-FORT-Harry-Potter-Fantasy/22

     

     

     


    2 commentaires
  • Le tome 1 : La Pâle Lumière des Ténèbres, d'Erik L'Homme.

     

    A comme Association, de Pierre Bottero et Erik L'Homme

     

    C'est idiot mais comme les deux auteurs alternent cette série de 8 tomes en en écrivant 4 chacun, avec chacun son héros qui croise l'autre sans toutefois le suivre comme une ombre, j'ai reçu le tome 2 à chroniquer sans qu'il soit pour autant incompréhensible. Le tome 1 n'est pour l'instant pas chroniqué puisque je ne l'ai pas lu, mais quand je le ferai je comblerai ce manque.

     

    Le tome 2 : Les Limites obscures de la Magie, de Pierre Bottero.

     

    A comme Association, de Pierre Bottero et Erik L'Homme

     

     

    Un miracle. Un vrai miracle ! Tu rentres épuisée d'une semaine harassante, lasse de tous ces livres certes intéressants mais si difficiles à lire, à analyser, à étudier, à ficher... Vive la prépa !
    Bref, tu rentres à la maison après une semaine d'absence et là, au creux de ta boîte aux lettres, une surprise de taille t'attend. Quoi, un livre de Gallimard, si vite ?? Mais tu as reçu 
    Reckless il y a moins d'un mois ! Tu aimes cette couverture non corrigée, toute blanche avec son talisman des mages planté au milieu, qui semble avoir été frappé là tel un sceau qui te crie : estampillé Fantasy Grande Qualité, attention, respect oblige ! Ah, Pierre Bottero, Erik L'Homme, tu en as plus qu'entendu parler, de ces deux-là. Tu as découvert Erik L'Homme avec sa trilogie du Livre des Etoiles, que tu avais bien aimé, et on t'a très souvent parlé du Pierre Bottero de La Quête d'Ewilan, mythique, dont tu savais qu'un jour tu ouvrirais les pages...
    Alors évidemment, tu t'es dépêchée de finir ta liste incommensurable de devoirs et tu t'es jetée sur le petit livre d'
    A comme Association, Les Limites obscures de la Magie, à 23h30 (alors que tu avais juré de te coucher tôt...)(tant pis)(le rêve éveillé c'est cool aussi !). Tu t'es laissée emporter par la couverture, la vraie, en petit sur la lettre, qui t'a un peu fait penser à celle de Reine des Eaux, une autre saga de Fantasy que tu as beaucoup aimée... Ca s'annonçait bien !
    La préface t'a bouleversée. Tu savais le drame qui s'était abattu sur Pierre Bottero, pourtant si jeune, et le témoignage d'Erik L'Homme transpirait le deuil et l'énergie du désespoir qui l'a poussé à terminer l'oeuvre de son compagnon d'écriture (quelle belle initiative !). Tu voudrais remercier Erik L'Homme, le soutenir, lui confirmer que son choix est sans aucun doute le bon.

    Alors tu commences à lire, au summum de l'impatience. Et tu n'es pas déçue. Autant tu n'aimes pas en faire des tonnes quand un écrit ne te plaît pas, autant là tu ne peux que tirer ton chapeau à Pierre Bottero (et certainement à Erik L'Homme, d'autant plus que son tome a l'air tout aussi génial) qui nous entraîne dans un monde complètement excentrique, et qui pétille plus encore à travers les yeux de son étonnante héroïne, la belle mais ultra-brutale Ombe-au-nom-qu'elle-est-sûre-d'être-seule-à-porter (quoique, peut-être plus pour longtemps, car je parie que quelques rares chanceux hériteront bientôt du prénom dont les charmes ont séduit ses parents). Oui, c'est un roman qui pète le feu ! Tu es sûre qu'à chaque nouvelle page tu as droit à un nouveau forfait aléatoire de rires gratuits, et tu sais le consommer avec bonheur ! C'est drôle, d'habitude les livres ont moins d'humour ! Ici, terminée la gloire un peu trop cliché des institutions magiques : le siège de l'Association trône fièrement au deuxième étage d'un immeuble aux fragrances que tu soupçonnes d'appartenir à un troupeau de toilettes SDF planquées derrière le comptoir de l'accueil, et les Agents plus ou moins compétents, très souvent des "blaireaux" comme le souligne avec finesse (-_-) notre chère Ombe, ont libre accès à la salle d'armurerie du moment qu'ils évitent les vieilles mégères du premier étage, dont l'activité favorite consiste en un jeu que même le dieu des jeux ne connaît pas... 
    Quant à Ombe, la reine des casses-cou qui n'a peur de rien, elle est une quiche fieffée en Magie et a une fâcheuse tendance à agir avec des gros sabots vite fait mal fait (mais fait au moins, c'est déjà ça !).
    Et que dire de Monsieur Walter, le chef le plus inquiétant de tous les magiciens connus jusqu'alors, avec son goût prononcé pour les associations (tiens donc) de vêtements hideux aux couleurs ... enchanteresses, dirons-nous ? Question discrétion, lui qui la prône à tout va, il devrait peut-être d'abord revoir l'inventaire de sa garde-robe !

    Enfin bref, tu a-do-res. Tu es conquise. C'est sûr, c'est un peu trop court, tu aimerais rire encore et puis, quand-même, connaître la suite de l'histoire (parce qu'il y en a une, si si ! Et même un peu de suspens !). Tu aurais aimé que Pierre Bottero entende la joie qu'il a procurée, qui sait ? peut-être est-ce le cas...

    En tout cas tu souhaites bonne lecture à tous, et sincèrement, tu conseilles chaudement à tous ceux qui ont besoin d'une bouffée d'air frais (et ils sont beaucoup je crois !), à lire 
    A comme Association. De ton côté tu te précipites dans la librairie la plus proche acheter Le premier tome ! Tu le dévoreras, même si pour ça tu dois sacrifier une de tes nuits.

     

     

    Chronique rédigée pour Gallimard Jeunesse sur son blog http://groups.skyrock.com/group/8a2m-ON-LIT-PLUS-FORT-Harry-Potter-Fantasy/16

     

     


    2 commentaires
  •  

    Présentation du chapitre chroniques

     

     CE CHAPITRE DE CHRONIQUES EST EN COURS DE RESTRUCTURATION ; vous y trouverez bien des chroniques, mais qui ne seront pas selon le nouveau ton du blog. Ce sera corrigé dans les plus brefs délais.

     

    Chers voyageurs, vous voici dans un chapitre de ma Toile où je vous parle avec mes mots de livres que j'ai lus et qui m'ont plu, ou déplu d'ailleurs. La plupart sont des chroniques réalisées pour le compte de Gallimard Jeunesse sur leur blog (adresse : http://groups.skyrock.com/group/8a2m-ON-LIT-PLUS-FORT-Harry-Potter-Fantasy). Mais il peut m'arriver de chroniquer des livres que j'ai parcourus de ma propre initiative, quand je trouve le temps d'en faire une présentation acceptable.

    J'espère que vous pourrez trouver ici quelques idées de lecture, si vous n'en avez pas déjà !

     

    Nouveauté : Je viens d'ouvrir un site entièrement dédié aux livres de chez Gallimard ; outre mes chroniques dans le cadre de Onlitplusfort, le site de Gallimard Jeunesse, j'y publie aussi de nombreuses critiques d'autres livres que j'ai pu lire ou que je lis en ce moment de ma propre initiative. Des conseils, des avis, des images, des recensements, des sondages, des jeux en rapport avec les livres sont mis à votre disposition. L'adresse du site est la suivante : http://meschroniquesgallimard.eklablog.com/

    Bonne visite et surtout : laissez-vous plonger... =) 

     

     

    Présentation du chapitre chroniques

     

     

     

     

     

     


    4 commentaires
  • Farewell, d'Apocalyptica. Je l'ai écoutée, avec d'autres musiques du même groupe (Kaamos, Cohkka, One...), pendant toute la lecture de la troisième partie de Terrienne. Je vous la mets, car je trouve qu'elle est la plus belle de toutes. Je l'ai aussi écoutée pendant l'écriture de cette chronique.

     

    Terrienne, de Jean-Claude Mourlevat

     

    Noël. Un paquet dans ta boîte aux lettres – la boîte aux rêves. Comme toujours tu ne t'y attendais pas – a-t-on déjà prévu un rêve ? Tu pèses le colis, il est lourd, un peu mou comme s'il contenait une eau à-demi solidifiée, durement caoutchouteuse. Hmmm... Crissement de l'enveloppe qui s'ouvre sous tes doigts fébriles. Et le livre, dans tout son art, qui t'apparaît, te présentant une épaisse tranche souriante. Ouaow. Celui-là, tu le sais, tu le sens, il est... spécial. Tu ne sais pas en quoi, mais... il a quelque chose. Comment dit-on déjà ? Une âme. C'est ça, une âme bien particulière, à lui, rien qu'à lui, et qu'il accepte, dans sa grande générosité, de t'entrouvrir. Il y a des livres dans lesquels on entre comme dans un monde, et c'est tout ce qui te fascine : c'est petit, ça tient dans la main, ça se cache dans un sac, ça ne fait pas beaucoup de bruit, ça ne pèse pas trop lourd... Mais c'est un monde, un vrai, avec un chant, le chant des pages qui se tournent, qui bruissent sous tes doigts amoureux comme les feuilles des arbres à l'automne, ronronnant de plaisir dans le souffle du vent. Une odeur envoûtante s'en échappe – papier ; hmmm... Mais les pages, tu ne les vois plus quand tu lis. Les mots te portent, leur parfum t'entraîne, leur psalmodie te perd dans les méandres d'un songe qui devient tien. 
    Terrienne, comment dire... Rien que le titre, c'est beau. C'est profond. Dans l'essence de « terrienne », c'est le monde qui s'exprime. Ca a quelque chose de solennel qui interpelle, quelque chose de grand, d'universel... De ce mot, c'est tout l'amour de l'auteur pour la vie, pour ce qu'elle est, avec tous ses défauts mais aussi toutes ses qualités, qui transpire, qui suinte, comme des larmes d'émotions. On ne la voit pas assez, la beauté du monde, la chance que l'on a de vivre, de sentir, d'entendre, de souffrir, de transpirer, de hurler, de pleurer ! Car Terrienne, ce n'est pas une petite histoire de Fantasy bien sympathique, mais une course effrénée pour la vie. Ce n'est qu'en manquant de la perdre, qu'en touchant du doigt l'apocalypse, qu'en étant enchaîné dans tout ce que la vie terrienne n'a pas, qu'on comprend la beauté pure, magnifique, brute, de ce qu'on est. En sortant de ce roman, tu te rends compte que tu as oublié de respirer, que tu as senti ton cœur battre comme s'il n'y avait plus que cela qui te restait, et tu te sens vide... bien. Heureuse. La fin (triste ou heureuse ?Rien n'est joué... Tout est si instable, si proche du gouffre...) de ce rythme entraînant qu'est la fuite éternelle qui, au lieu de se diriger vers la lumière, plonge jusqu'à l'enfer pour sauver Gabrielle, la soeur disparue de l'héroïne, n'a pas apaisé ton cœur – il n'a que trop dormi, ton cœur. Non, elle l'a fait battre avec un entrain nouveau, un entrain presque douloureux, fort, cru, car il crie ton cœur, il crie son amour pour la vie, la vraie, celle de la boue, celle des souffrances, celle des souillures – mais celle de tous les bonheurs. Il faut aimer son monde. Tu avais oublié que tu aimais le tien. Anne, sa spontanéité, sa quête insensée dans le train de la mort, te l'as rappelé. Vous avez plongé ensemble dans l'horreur, sans le savoir vous vous êtes tenu la main. Tu as l'impression que tu as vécu cette aventure. Tu en ressors si... essoufflée... bouleversée... Sonnée. Voilà, tu es sonnée. Tu ne sais pas trop si tu as échappé à cette horreur, tu as perdu beaucoup de toi, tu n'as gardé que l'essentiel – la disparition de certains personnages importants, auxquels tu t'étais attachée, à des moments toujours inattendus et de manière terrible, brutale, ayant aidé. Avec eux sont partis les clichés, les certitudes, et quelque part, tout ce qui, finalement, n'est que superficiel. Tu les aimais pourtant – l'auteur ayant le don de t'attacher à des personnages connus depuis peu - , mais on n'a pas toujours la possibilité d'avoir auprès de soi tout ce qu'on aime... Parfois, certaines entreprises nécessitent le sacrifice – de soi ou des autres. C'est ça, la vie : il y a ceux qui s'en sortent, écorchés, secoués, détruits, et ceux qui disparaissent, comme ça, brutalement, sans l'avoir mérité – pas de pitié. Rien que le deuil... et l'amour. 

    Alors tu voudrais dire à tous ceux qui hésitent encore à lire 
    Terrienne ce modeste petit conseil : Laissez-vous emporter par ce petit coin de France, en bord de Loire, entre Saint-Etienne et Montbrison, laissez venir à vous l'odeur de la campagne, des petites routes boueuses, crottées par les tracteurs ; laissez-vous entraîner dans la vieille voiture d'un écrivain essoufflé qui écoute la radio pour ne pas songer au néant de sa vie ; observez, surtout, le bas-côté. Quand vous verrez une jeune fille brune, pas très grande, avec un scarabée vert dans la main, laissez-la vous emmener, un peu sans le vouloir, vers cette étrange petite route à travers champs qui semble mener à... Campagne. Et respirez. Respirez à fond. Vous y êtes... A vos risques et périls. Pour votre survie.

    Jean-Claude Mourlevat a le souci du détail, ce genre de détails qui font toute la différence. Le détail de l'authenticité. Il écrit comme il a envie d'écrire, plein, entier, fidèle à lui-même. Pas de contrainte : on change de points de vue, desquels dépendent les temps du récit, tantôt au présent, tantôt au passé, sans que cela ne soit gênant. Il en ressort une œuvre plus vraie, plus réelle, à fleur de peau. Comme si on lui avait enlevé son écorce, comme s'il n'en restait plus que les chairs et les nerfs, à vif, battant à l'unisson, écorchés par chaque nouvelle sensation, telle la larme qui brûle, la brise qui griffe. 

    On l'aura compris, tu as aimé. Beaucoup. Qu'est-ce que ça fait du bien ! Tu as tellement aimé que tu fais durer la chronique... c'est agréable de mettre des mots sur ce que tu as ressenti, agréable de partager avec d'autres lecteurs ce que tu as vécu, un peu comme si, à ton tour, tu leur faisais un petit don, juste un petit, comme un échantillon de 
    Terrienne. Tu as plongé dans toute la troisième partie du livre en écoutant en boucle Apocalyptica (Farewell, Kaamos, Cohkka, One pour les intéressés) et le relief que cela a donné à ta lecture t'en a donné le vertige. C'était tout simplement sublime.

    Mais bon. Si l'on veut, comme l'auteur, épurer au maximum tout le trop-plein, tout le superficiel, tu souhaites simplement hurler au monde cette vérité qui imprègne à présent chacune de tes cellules : 

    Je suis heureuse d'être une Terrienne

     

     

    Chronique réalisée pour Gallimard Jeunesse sur son blog : http://groups.skyrock.com/group/8a2m-ON-LIT-PLUS-FORT-Harry-Potter-Fantasy/5

     

     

     



    3 commentaires