• Promise, d'Ally Condie

    PROMISE, d'Ally Condie

     

    Promise, d'Ally Condie

     

    Ce matin tu es seule à la maison, et tu t'affaires près de la fenêtre. Cela fait bientôt deux semaines que tu attends patiemment la nouvelle pupille de Gallimard Jeunesse : le premier tome de la trilogie d'Ally Condie, appelé Promise. Tu sais qu'il est sorti en librairie le 7 avril, ainsi peut-être auras-tu la chance d'obtenir un exemplaire avec la couverture définitive... Car elle est belle, la couverture ! Ce gris froid, sévère, sans âme, ne parvient pas à éteindre la luminosité du très joli vert pomme qui colore le titre et surtout, la bulle dans laquelle une ravissante demoiselle semble enfermée, vêtue d'une robe séduisante. 

    C'est vrai, tu es intriguée par ce livre, parce qu'il est étrange : c'est une histoire d'amour mais située dans un contexte particulier, celui d'un monde futuriste plutôt effrayant. Alors aimeras-tu ? Tu ne sais pas trop quoi en penser, car tu te doutes que tu vas encore (re)découvrir un stéréotype fort utilisé en ce moment, le triangle amoureux. Surtout que dans Nightshade aussi, on avait une jolie héroïne promise à un beau jeune homme, mais qui ne l'aimait pas et tombait amoureuse d'un paria. C'est exactement le même schéma pour Promise... Alors tu attends de recevoir le courrier pour, enfin, savoir si tu aimes ou non.

     

    Soudain la camionnette jaune du facteur attire ton attention. Aujourd'hui tu ne penses pas spécialement à ton courrier, tu te doutes qu'encore une fois la boîte aux lettres sera vide... Mais voilà que le facteur sort de sa voiture, observe d'un air embarrassé l'ouverture de ta boîte aux lettres, puis rentre d'un pas hésitant dans son véhicule et en ressort un paquet que tu connais bien ! Tu as soudain le sourire jusqu'aux oreilles. Tu cours réceptionner le précieux colis, et hop ! A la lecture, tout le monde. Ouaouh, tu ne t'attendais pas à tenir entre tes mains un livre aussi épais ! Il pèse et sent bon, c'est parfait.

     

    La Société

     

    Lorsque tu l'ouvres, tu émerges dans un univers glacial, où les adultes sont infantilisés, manipulés, où toute créativité est bradée, où l'on ne sait pas écrire, où l'art se limite à cent spécimens de chaque branche artistique - Cent Poèmes, Cent Chansons, Cent Romans, Cent Films... - et où la vie semble morne, si morne ! Personne ne décide de sa vie, jamais. Dès la naissance, les enfants sont surveillés, à la moindre erreur - du type dispute dans la cour, retard à l'école ou encore course dans la rue, car il est interdit de courir ou de crier en public ! -  ils sont "cités", ce qui peut être préjudiciable pour leur avenir. Tout en eux est analysé : leurs rêves, leur comportement, leur caractère, et les Officiels ne cessent de calculer et de prédire les tendances et les actes des individus, comme si ces derniers n'étaient que des machines très facilement prévisibles. Les adolescents sont ainsi classés pour étudier dans certaines écoles qui les préparent à leur futur métier, que bien sûr ils ne choisissent pas, et selon leurs résultats, ils sont affectés à vie dans un métier censé leur correspondre parfaitement. Il n'y a pas de place pour l'humanité dans ce monde où les probabilités dominent. Les Officiels manipulent et sont eux-mêmes manipulés, chacun sait accomplir un métier simple mais n'a aucune connaissance en-dehors de cette activité, ainsi personne ne saurait se débrouiller seul dans la nature sans la Société, qui garantit par ailleurs une longue vie en pleine santé, grâce à une nutrition optimale adaptée à chacun - mais où est le plaisir des papilles quand les repas sont livrés à heures fixes dans des barquettes en plastique ? - et à des mariages calculés entre individus aux gênes les plus compatibles. Même après le mariage, les couples ne sont pas libres : ils doivent enfanter à 21 ans, âge optimal pour avoir de beaux enfants, et n'ont pas le droit de se reproduire après leurs 31 ans. Quant à la mort, les gens n'ont même pas la liberté de la choisir : le jour de leurs 80 ans, la Société décrète qu'ils ont assez vécu et ils décèdent tous mystérieusement.

     

    Dans ces conditions, comment peut-on être heureux ? Il n'y a rien d'autre à faire que son travail et quelques activités entièrement planifiées par la Société pendant les rares moments de temps libre, mais ces activités sont d'un ennui mortel puisqu'elles sont toujours les mêmes : projection d'un des Cent Films, diffusion des Cent Chansons, salle de jeux étroitement surveillée et parfois, plantation de par-terres de fleurs quand les anciennes ne sont plus rentables. 

    Mais il n'y a pas de place pour la rébellion : toutes les maisons sont surveillées pas le biais de ports de communications, on garde même un oeil sur les exercices sportifs des gens sur leurs appareils de fitness ! La moindre petite désobéissance conduit à une Citation et si cela se reproduit, on est classé Aberration ou pire, Anomalie, ce qui interdit le droit à travailler, à se marier, à avoir une famille... Et comme les citoyens n'ont pas le droit de rendre visite à leurs voisins, ils sont affreusement seuls et une rébellion organisée semble impossible...

     

    L'intrigue

     

    Ce monde t'a horrifiée, d'autant que l'héroïne, Cassia Reyes, est au début incapable de se rendre compte de l'horreur de son monde et se plie docilement à toutes les contraintes, toutes les humiliations. Elle se retrouve promise à son meilleur ami, Xander, et tout semble aller bien... Jusqu'au jour où un bug informatique lui révèle, étrangement, le visage d'un autre jeune homme qu'elle connaît également, un dénommé Ky, orphelin adopté alors qu'il était enfant par une famille du quartier. A partir de ce moment-là, les choses dégénèrent lentement : Cassia se montre de plus en plus intriguée par Ky qui, outre son passé mystérieux, la fascine par ses connaissances interdites. Il sait écrire... Et elle, elle voudrait bien apprendre à son tour, pour ne pas oublier le poème tout autant interdit que lui a donné son grand-père avant de mourir et qu'elle a détruit par peur des représailles, non sans l'avoir lu et appris avant.

     

    Ton avis

     

    Tout semble réuni pour donner un bon roman... Cependant, tu restes un peu pensive. Tu n'as pas réussi à entrer dans l'histoire et à t'attacher à Cassia, malgré sa lente prise de conscience, car justement, à ton goût l'histoire se déroulait beaucoup trop lentement. Le monde est très bien présenté, c'est certain, mais parfois, trop : Cassia passe plus de deux-cent-cinquante pages à vivre presque normalement, commençant à connaître Ky mais sans qu'il se passe réellement quelque chose qui ferait vraiment avancer l'histoire, ni au niveau de l'action, ni au niveau de ses sentiments, ni au niveau de sa prise de consience. C'est étrange mais, alors que tu as été intriguée par Xander et même, attendrie, tu n'arrives pas à éprouver de l'affection pour Ky, malgré son histoire hors du commun... Cassia met un temps fou à en tomber amoureuse mais quand cela arrive, on a l'impression que quelque chose ne va pas, comme si on avait manqué quelque chose... A ton avis, l'auteur a voulu progresser par étapes en allant volontairement lentement, mais justement, les étapes, on les sent trop et du coup, cela donne une drôle d'impression, une impression que tout est trop long mais qu'en même temps quand enfin l'histoire avance, un bond trop grand a été fait, puis les choses se calment de nouveau et il ne se passe de nouveau plus rien. Comme si l'histoire avançait en escalier. Cassia se dit amoureuse de Ky, mais ses descriptions et sa relation avec lui te laissent presque de marbre ; s'il n'y avait pas ces nombreuses déclarations où elle se dit amoureuse, tu ne sais pas si tu l'aurais remarqué, cet amour. Il nous est signalé, mais ses sentiments profonds ne te semblent pas assez développés. Quant à Xander, tu trouves dommage qu'il ne soit pas plus présent. C'est tout de même le promis de Cassia et accessoirement son meilleur ami, mais il est tout de suite relégué au rang de non-aimé, on le laisse en arrière pour ne s'intéresser qu'à Ky et Cassia. C'est un peu triste, et en plus, tu as eu plusieurs fois le sentiment que Cassia était vraiment égoïste, pas parce qu'elle ne faisait pas ce que la Société lui demandait, mais parce qu'elle oubliait totalement Xander, son meilleur ami si attentionné, et cherchait toujours, même bien avant d'être amoureuse, à s'intéresser à Ky.

     

    En bref, tu trouves qu'il y a plusieurs choses qui clochent dans ce roman qui ne sonne pas tout à fait juste à ton goût. Entre l'histoire qui se déroule bizarrement, si lentement mais par étapes trop repérables qui cassent la crédibilité, et les personnages qui ne prennent pas assez de relief, tu as longtemps pensé, jusqu'aux 300 premières pages, que tu n'aimerais vraiment pas ce livre. Il n'y a que vers la fin du livre que l'action a enfin commencé, et que tu as eu envie de lire la suite, sauf que voilà, le tome 1 s'est terminé. Comme souvent, les tomes qui suivront te semblent donc déjà plus intéressants et excitants que ce premier livre qui t'a un peu laissée sur ta faim. 

     

    Tu es bien désolée de poster une telle critique, tu as bien réfléchi avant la publier, mais après tout, tu préfères être sincère et tu précises tout de même que chacun est unique et que Promise séduira certainement un grand nombre de lecteurs. 

     

    En bref

     

    Ceux qui ont aimé Le Meilleur des Mondes de Huxley, Felicidad de Jean Molla, Terrienne de Jean-Claude Mourlevat, apprécieront certainement ce monde-ci, même si on a déjà pu voir de telles sociétés dans les livres ; et ceux qui ont aimé Twilight, Nightshade, Hush, Hush, se satisferont de cette histoire d'amour et de ce nouveau triangle amoureux, si toutefois ils ne s'attendent pas à un déchaînement de passion et de tendresse.