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    Aventures équines

     

     

    L'épopée équestre

     

     

    Chapitre 1 : Caramelle et Epice

    Un temps de chiensBonjour tout le monde ! Je m'appelle Caramelle. Je suis une petite ponette shetland d'environ une dizaine d'années et j'ai une fille, Epice, qui a les poils de la même couleur que moi, si ce n'est que les crins qui parent son encolure et sa queue sont semblables à la paille sèche, quand les miens sont plus bruns que le chocolat. Comme mon nom l'indique, je suis d'une jolie teinte de caramel et mes beaux yeux noisette sont plus doux que le miel. Je suis une vraie normande, j'adore l'odeur suave de la boue qui gémit sous mes petits sabots gris et crasseux. J'ai vu passer de nombreux enfants dans mon centre équestre baigné par les pluies vertes de mon charmant pays. Certains sont gentils comme tout, d'autres ne me plaisent pas tellement, mais ceux qui se montrent tendres avec moi reçoivent de ma part une affection maternelle.

    Je dois vous avouer que je n'ai plus vraiment dix ans, aujourd'hui ; en fait, je devais les avoir il y a près de quinze ans, lorsque parmi mes petits cavaliers, j'ai rencontré une jeune humaine qui n'avait que quatre ans. Elle avait exprimé à maintes reprises, dès son plus jeune âge, son envie irrésistible de faire de l'équitation, après que ses parents lui aient offert sa première promenade à cheval. Elle était obnubilée par cette idée et j'eus l'honneur d'être une de ses premières montures, si ce n'est la première, d'ailleurs. Je crois qu'elle m'aimait tout particulièrement et, sous les directives de la monitrice Marie-Pierre, elle me chevaucha bien souvent. A l'époque, je lui paraissais grande, pensez-vous ! Mais je suis toute petite, en réalité, ce qui est d'ailleurs plutôt mignon. Je crois qu'à part ma fille Epice et une jument appelée Caline, alezane et très douce que montait sa mère, sans m'oublier, moi, la petite fille ne se souvint plus, par la suite, des autres poneys dont elle croisa la route à de nombreuses reprises. Je ne me rappelle pas vraiment du nombre de fois où nous fîmes la reprise ensemble, certainement beaucoup puisque je suis celle dont elle se souvient aujourd'hui le mieux. Elle a encore des photographies de moi quelque part dans un vieux livre... Nous affectionnions tout particulièrement les balades : pendant une heure, nous faisions avec mes camarades équidés et leurs jeunes cavaliers, des sorties autour du centre équestre sur de petits chemins sablonneux que je connaissais par coeur.

    Ces temps-là commencent à être éloignés pour moi comme pour cette amie passagère, aussi en gardons-nous peu de souvenirs. Epice m'a dit qu'elle aussi avait longtemps accueilli sur son dos cette même enfant, mais elle en était moins complice, un peu plus indifférente ; la petite fille l'appréciait surtout, outre sa gentillesse et son calme typique des poneys, parce qu'elle était ma fille mais c'était moi qu'elle préférait. D'autant plus qu'un jour, personne ne se rappelle exactement pourquoi, quelque chose effraya les poneys qui trottaient à la queue-leu-leu dans le manège, guidés par la monitrice ; ce devait être la première fois pour ces enfants que Marie-Pierre leur demanda de nous faire galoper. Toujours est-il qu'Epice et deux autres poneys s'emballèrent et firent trois fois le tour du manège avant que, un à un, les trois humains qui les montaient ne tombent, dont cette enfant que j'aimais bien. Je crois qu'après cette première chute qui devait être la seule pendant les nombreuses années à venir pour elle, la petite fille voulut arrêter l'équitation et on eut peur de ne pas la revoir la semaine suivante. Mais sa mère, qui avait bien vu qu'il s'agissait d'un caprice, n'accepta pas immédiatement et nous la ramena le samedi qui survint, puis le suivant, et l'enfant oublia vite sa peur de tomber à nouveau.

    Je crois malheureusement que nous cessâmes vite de nous revoir, pourtant, mais pour une autre raison : le premier déménagement de la famille, qui s'en allait à l'autre bout de la France, dans le Sud. La jeune humaine vint me dire au revoir, certainement au bout d'un an à peine, et je ne la revis plus jamais dans mon centre. Mais je peux vous parler des autres chevaux qu'elle put rencontrer, du moins ceux qu'elle a appréciés comme moi...

     

    Chapitre 2 : Fripouille

     

    Evidemment, la petite fille, qui était âgée de cinq ans et demi, s'inscrivit à un nouveau centre équestre dès que l'emménagement fut fait. Le premier centre ne la séduisit pas car des chiens enfermés aboyaient violemment sur les visiteurs, les poneys étaient préparés non pas par les cavaliers mais par des palefreniers, certains mordaient et les reprises étaient bondées. On aurait dit une usine, je vous laisse imaginer le moral que devaient avoir mes confrères chevaux ! C'est mauvais, ça, ça donne des chevaux agressifs.

    Un temps de chiens

    Le deuxième centre s'avéra bien plus agréable à fréquenter, avec de gentils poneys dont le premier qu'elle monta, Calin, un petit monsieur un peu plus haut que moi, plus fin et tout blanc au museau rose, qui semblait quelque peu faiblard mais n'avait pas peur de la vitesse. La mascotte, en quelque sorte, du club, était un shetland noir dont je ne vous cacherai pas qu'il était adorable, étant donné la petite taille qu'il faisait, plus bas sur pattes que moi ! Il s'appelait Cachou et les débutants le montaient, guidés par leurs parents ou un moniteur, qui les emmenait faire une promenade derrière le centre entre les allées de platanes en terre battue et les champs de vignes bordés de ruisseaux. Mon ancienne cavalière ne le monta pas car elle était déjà trop grande et elle fit surtout la connaissance d'une ponette qui me ressemblait un peu, Princesse la rapide, d'une jolie mère caractérielle appelée Neige et de sa fille Etoile, sans parler du vieux Pépito qui détestait galoper...

    Etrangement, les poneys qui la marquèrent le plus furent ceux qu'elle connut peu : Balou, un peu plus grand et coquin que ses confrères, baie jusqu'au bout des sabots, et une étonnante ponette qui croisa sa route pendant très peu de temps : Fripouille. Toute grise, elle appartenait à un particulier qui l'avait mise là... en fait, je ne sais même pas pourquoi. Peu importe. Ce qui étonna ma cavalière, c'est que les deux poneys furent rapidement toujours fourrés ensemble, comme des amoureux ; Balou défendait Fripouille, cette dernière empêchait les autres demoiselles à sabots de s'approcher de son fiancé... Elle était très drôle, Fripouille, car quand Balou n'était pas là, elle l'appelait et passait le temps en ruant dans tous les sens dans son paddock, si fort que ses sabots arrières frappaient à grand bruit le plafond de son abri. Quel cran, quelle force ! Je suis sûre qu'elle venait tout droit d'un Western. J'imagine bien son propriétaire, un chapeau de cow-boy sur la tête, en train de lancer son lasso sur le troupeau de vaches qu'il poursuit...

    Mais trêve de rêverie, il s'agissait d'un centre bien français qui n'avait rien d'un ranch et Fripouille n'était que rarement montée, par des enfants de l'âge de ma cavalière. Cette dernière eut la chance de la chevaucher, une fois, et je crois qu'elle n'oublie pas ce moment où, placée à la tête du groupe de cavaliers, elle fit faire un tour de galop à la ponette qui en profita pour aller rejoindre à toute vitesse son Balou en lui fonçant sur la croupe. 

    Elle partit quelque temps plus tard, récupérée par son maître qui n'avait plus besoin des services du club.

     

    Chapitre 3: Rio

     

    Un temps de chiens

    Rio n'a pas été photographié. Ce cheval lui ressemble.

     

    Il y avait, au nouveau centre équestre de ma cavalière, des chevaux de toute taille et de tous âges. Une fois, une pouliche naquit après les onze mois de grossesse de Neige et elle fut appelée Star. C'était une canaille, elle ne cessait de s'échapper et de faire des siennes.

    Mais il y avait aussi une autre classe de poneys, des double-poneys, plus grands que les shetlands, presque aussi grands que de petits chevaux. Les petits ne les montaient pas car ils avaient trop de force et de caractère pour eux. La mienne se vit attribuer les plus dociles et les plus petits d'entre eux comme Bijou, Kiwi, Néron... Mais ceux qu'elle rêvait de monter, c'étaient surtout ces quelques grands poneys comme Chips, Kim, Rio, Eliot ou Java. Ils étaient plus rapides, étaient montés par des enfants d'une dizaine d'années jusque parfois quatorze ou quinze ans. Il fallut attendre longtemps pour mon humaine avant de pouvoir se voir attribuer le premier d'entre eux auquel elle eut accès après de nombreuses demandes : Kim. C'est idiot, d'ailleurs, qu'elle en ait parlé autour d'elle pendant la préparation de ce drôle de confrère qui n'avait qu'une passion, celle de mordiller ses rênes. Vous savez ce que sont les bavardages des enfants, ils déforment toujours tout. Mon humaine entendit bientôt dire que Kim était un mauvais poney qui faisait tomber tous ceux qui osaient le monter. C'était faux, bien sûr, il avait simplement le défaut de faire de toutes petites ruades à chaque départ au galop, mais que l'on sentait à peine. Seulement, ma cavalière était déjà intimidée par le fait de se retrouver sur le dos d'un animal plus grand et plus fort que les précédents, aussi elle se laissa impressionner et, bien sûr, elle tomba. Heureusement la chute ne lui fit pas de mal et elle désira plus ardemment remonter sur les double-poneys. 

    La semaine suivante, c'est Rio que lui accorda la monitrice. Ah, Rio... Quel incroyable poney ! C'était un vieil animal de robe sombre aux yeux marron clair, doux mais qui avait magnifiquement conservé sa jeunesse. Alors qu'il approchait de ses vingt ans, il était de ceux qui couraient le plus vite et étaient les plus difficiles à retenir devant les obstacles. Il avait longtemps été inactif dans sa jeunesse et il avait donc gardé toute sa vitalité. Quel amour... J'aurais bien voulu le rencontrer, celui-là. Déjà, il était resté beau gosse, quand-même (eh oui, que croyez-vous, nous sommes comme vous, nous aimons flirter !), il avait de l'expérience et s'avéra d'une gentillesse inégalable. Ma cavalière m'oublia certainement tout de suite en le montant, malgré la selle en cuir glissant et inconfortable qui rendait le galop un peu... difficile. Rio était de ceux qu'elle aimait : il avait la pêche mais ne cherchait jamais à faire tomber ses humains, il demandait des efforts pour être freiné mais jamais ne faisait de rodéo. Il avait les flancs bien plus sensibles que les miens, par exemple. Nous les shetlands, nous pouvons être de vraies têtes de mûles, aussi on a appris aux enfants à nous donner des coups de talon dans les flancs pour nous faire avancer. Ne me regardez pas comme ça, ça ne fait pas mal, sinon il y a longtemps que les enfants seraient par terre. Mais Rio ressemblait plus à un cheval qu'à un poney et il était plus délicat. Un coup de talon le faisait souffrir et de toute façon, il n'en avait pas besoin ! Il savait très bien avancer tout seul. 

    Sur Rio, ma cavalière se sentait vraiment heureuse. Elle avait l'impression de ne faire qu'un avec lui et ses camarades lui disaient parfois qu'ils allaient bien ensemble, tous les deux. Elle prenait toujours du plaisir à être avec lui et petit-à-petit, elle prit l'habitude de lui apporter chaque semaine son lot de bonbons spécial chevaux - un vrai régal, j'adore ces friandises ; c'est tellement bon que des fois, ce sont les cavaliers qui les mangent à notre place. 

    A la fin, Rio appelait dès qu'il voyait arriver mon humaine et celle-ci passait des heures avec lui, assise près de son paddock ou traînant lors de son pansage... Rio était une passion dévorante qui lui occupait réellement l'esprit. C'était beau, tout simplement, et de les voir tous les deux, ça me donne un peu de nostalgie... Souvent, ils se regardaient les yeux dans les yeux, le calme de l'un apaisant l'angoisse de l'autre. Elle faisait part de ses soucis, de ses doutes, de ses joies et lui, il semblait l'écouter, serein, plongeant quelquefois son museau tiède sur l'épaule de sa cavalière...

    C'est dommage que ces deux-là se soient connus si tard. Rio fêtait ses vingt-et-un ans, il lui fallait prendre sa retraite et profiter paisiblement des dernières années qui lui restaient dans un champ bien agréable. Il partit après deux ou trois ans d'amitié touchante et malheureusement, personne n'a de nouvelles de lui... Il paraît seulement qu'il a pris du ventre. 

     

    Chapitre 4 : Quenver

     

    Je crois bien que Quenver est de loin la plus grande passion qu'a eu mon humaine. Oui, moi aussi je pensais que ça avait été le cas avec Rio mais il y a quelque chose de plus fort encore avec Quenver. D'abord, il est arrivé après plusieurs années, puisqu'il a fallu attendre que ma cavalière ait seize ans pour le rencontrer. On fait un sacré saut dans le temps. Entre les deux, ça avait été un peu creux. Le poney qui remplaçait Rio, appelé Noé, faisait tomber tout le monde et puis les autres chevaux étaient certes gentils pour la plupart, mais aucun n'était plus complice avec mon humaine qu'avec les autres. Rio lui manqua longtemps, je le reconnais, et il lui manque toujours d'ailleurs, mais à l'époque c'était douloureux. Elle crut un moment s'attacher à une jument qui ressemblait à Rio, Vanille. Une vraie jument, cette fois, et l'un des premiers vrais chevaux qu'elle monta, d'ailleurs, après le fragile Bambou. Vanille était elle aussi assez âgée et sa robe était brune à taches blanches sur la croupe, c'était assez joli. Elle était douce, affectueuse, câline et calme. Mais il n'y avait pas cette étincelle qui faisait toute la différence, et puis elle partit à son tour pour décéder d'ailleurs quelques années après, pauvre consoeur... 

    Quenver, c'est un poulain qui arriva en 2008 au club, accompagné d'un autre jeune cheval de quatre ans non débourré - c'est-à-dire, non dressé. Quenver n'appartenait pas au centre équestre, en fait, on l'avait placé là pour qu'il soit débourré afin de pouvoir le vendre dès que possible. Seulement, mon humaine ne le savait pas. Quand elle vit arriver Quenver, elle fut curieuse comme à chaque nouvelle arrivée mais resta distante, d'abord parce qu'il était grand et costaud, mais surtout en raison de sa fougue de jeunesse. Il avait débarqué au milieu du printemps et quelques bonnes élèves de galops 6 et 7 commencèrent à le monter. La première, qui fit d'ailleurs tout son débourrage, impressionna beaucoup mon humaine car Quenver galopait à toute allure, s'arrêtait violemment devant les obstacles, bondissait, obéissait peu... Il n'était pas méchant pour un sou mais avait beaucoup d'énergie et n'y connaissait rien. Mais il avait une soif d'apprendre impressionnante. Quand on le brossait, il tournait la tête et observait avec intérêt la brosse qui passait sur son poil. Il avait une réelle envie de bien faire ce qu'on lui demandait et sa maladresse empressée était très drôle. Mais peu de personnes l'approchaient et s'apercevaient de son caractère exceptionnel, pas même ma cavalière d'ailleurs. Elle observait de loin ce cheval impressionnant et se réjouissait de ne pas le monter. 

    Une fois, le cheval que montait mon humaine prit peur et la désarçonna ; Quenver, qui était dans le même cours, crut qu'il s'agissait d'un jeu et l'imita, faisant immédiatement tomber l'élève sur son dos. 

    C'est pourquoi, le jour de la rentrée des vacances d'été, quand mon humaine s'aperçut que le cheval qu'elle montait n'était autre que Quenver, elle eut la peur au ventre. Verte de panique, elle alla pourtant chercher l'animal au paddock, se demandant si elle ne pouvait pas demander à la monitrice de changer sa monture... Mais Quenver s'avéra sage à l'attache, curieux, fouillant dans la mallette de brosses, posant son museau sur le dos de la jeune fille, qui lui curait les sabots. Ce qu'il était - ce qu'il est - beau ! Grand, svelte, musclé, une belle tête, une crinière fine, de longues jambes, des yeux noirs comme deux charbons... Joli prince adolescent... Finalement, mon humaine le monta... et elle ne fut pas déçue. D'abord, son allure, sa manière de se tenir et de se mouvoir lui convenait parfaitement, ils s'accordaient à l'unisson. Et puis, étrangement, on se sentait en confiance sur lui : il n'avait nulle intention de faire tomber, rien en lui n'était méchant ou malicieux. Il était très simple, en fait, très spontané.

    Le débourrage avait tout de même bien avancé pendant l'été et il obéissait mieux aux rênes ; il ne refusait plus de sauter les obstacles, au contraire, il adorait ça. Il pouvait sauter très haut, sur son dos, on se sentait des ailes... Ce qu'il allait vite, c'était incroyable. Il sautait divinement bien mais ce n'était pas facile car il fallait constamment le freiner, tirer fortement sur les rênes tout en serrant les jambes. Le monter pendant une heure, c'était comme monter toute la journée. Epuisant, mais incroyablement agréable. C'était une pure partie de bonheur. 

    Je crois que la monitrice s'aperçut de l'intérêt que porta soudain mon humaine à Quenver, car elle le lui fit monter cinq fois de suite, puis presque aussi souvent tout au long de l'année. Ils étaient toujours fourrés ensemble, ma cavalière venait toujours le voir le plus longtemps possible, entrait dans son paddock, serrait son encolure dans ses bras, l'embrassait, lui donnait des friandises. Elle adorait le monter, elle adorait le défi que cela représentait et le bonheur que cela procurait. Elle venait même dans la semaine simplement pour le brosser, lui qui adorait se rouler dans la boue qui formait alors une croûte épaisse, comme une carapace géante qui lui donnait un air comique. Comment décrire pareil animal, à la fois tout tendre et si drôle dans sa sincérité touchante ? Couché comme les vaches, il était certainement le seul à ne pas prendre peur quand une des monitrices s'approchait de lui en courant et se jetait sur lui en le poussant de toutes ses forces, pour jouer, le faisant tomber les quatre fers en l'air - au sens propre !

    Quand mon humaine approchait, il venait à la porte de son paddock avec empressement et attendait qu'elle vienne le caresser, et lorsqu'elle s'en allait, il longeait les barrières pour la suivre tout en la regardant, l'air de dire : "Attends-moi, attends-moi, où vas-tu ?" Il y avait dans ses yeux une lueur exceptionnellement humaine. Il était si expressif ! C'était tout bonnement incroyable. Sincèrement, ce cheval m'impressionne beaucoup.

    En plus de cela, il faisait des progrès phénoménaux. Chaque semaine il se montrait plus adroit, moins fougueux, plus obéissant. Le monter était de moins en moins un sport de haut niveau. 

    Il remporta des concours de saut d'obstacle et de dressage tant il était fier, élégant, gracieux et rapide. C'était réellement un cheval parfait. Il avait une complicité avec certains humains qui ressemblait à celle qu'ont les chiens et les humains, et ce n'est pas péjoratif. Vraiment, il se détachait des autres chevaux.

    Le seul problème, c'est qu'il n'appartenait pas au centre équestre et que sa maîtresse ne venait jamais le voir ; elle devait avoir des chevaux en grande quantité, celui-ci étant un poulain comme un autre à vendre sous peu. Je ne sais pas qui étaient ses parents, mais certains disent qu'ils devaient être racés. Pourtant, Quenver n'était pas très cher : cinq mille euros, pour un animal de cette trempe, c'est bien peu, et c'est aussi la preuve que sa maîtresse ne le connaissait vraiment pas. Impossible, sinon elle l'aurait vendu bien plus cher.

    Quand mon humaine apprit la mise en vente de Quenver, je ne vous raconte même pas l'état dans lequel elle fut. Elle n'avait pas de chance : tous les chevaux qu'elle aimait s'en allaient bien trop vite et celui-ci, elle l'adorait plus que tous les autres, elle en était folle. Elle ne pouvait pas l'acheter, l'entretenir, le monter tous les jours représentait trop de frais et de temps pour elle, sans compter qu'un an et demi plus tard elle devrait partir faire ses études. Comment faire pour ne pas le voir partir ? Quel gâchis c'était, lui qui s'entendait si bien avec les monitrices et certains cavaliers, il ne pouvait pas partir avec un inconnu qui l'aurait simplement trouvé beau, il avait trop de liens ici !

    L'anxiété et la tristesse de mon humaine occupèrent son esprit pendant plusieurs mois, tandis qu'elle cherchait une solution pour tenter de l'acheter, quitte à en faire l'acquisition avec d'autres cavalières, tant qu'il restait au centre... Plusieurs acquéreurs potentiels vinrent l'essayer et à chaque fois, mon humaine suppliait Quenver de se montrer sous son plus mauvais jour. Je ne sais pas s'il entendit ses prières, en tout cas personne ne l'acheta en l'espace de quatre mois. Pourtant, il y avait des annonces partout. Coup de chance ?

    Alors que les parents de mon humaine commençaient sérieusement à réfléchir à l'idée de l'acheter, tout en sachant que c'était impossible, il arriva que certains chevaux du club partirent à la retraite. Il fallait un animal pour les remplacer, mais Quenver était tout de même cher pour un centre équestre. Cependant, les monitrices décidèrent de casser la tirelire car se séparer de lui serait un crève coeur. Contre toute attente, Quenver devint donc un membre à part entière de la communauté équine du club et le soulagement fut immense pour mon humaine comme pour ses parents. C'était la meilleure solution...

    Les mois passèrent donc, où l'on put profiter pleinement de ce splendide animal qu'un groupe restreint de cavalières montaient. Un deuxième été vint, puis ce fut la rentrée de terminale et son lot de devoirs quotidiens. Disposant de moins de temps, mon humaine dut se résoudre à ne venir qu'une fois par semaine, continuant de monter souvent son cher Quenver. Mais seulement quelques semaines après le début des cours, il arriva un accident qui allait changer quelque peu les choses : dans la grande carrière, qui se trouvait près de la route, les chevaux se plaçaient en plusieurs larges cercles pour pouvoir s'échauffer avant de sauter. Mon humaine s'était mise au fond, près des arbres et de la route, pour effectuer son galop. Mais à côté, sur un autre cercle, un cheval nerveux entamait lui aussi son galop. Soudain, un camion passa trop vite sur la route, sa remorque accrocha une branche d'arbre qui se cassa dans un grand bruit et tomba sur le bitume, de l'autre côté de la barrière. Le cheval nerveux, qui se trouvait tout près de Quenver, partit immédiatement en rodéo. Souhaitant rassurer Quenver, mon humaine lui caressa rapidement l'encolure mais l'animal effrayé imita le premier cheval. Mon humaine n'eut rien le temps de faire : elle fut violemment éjectée, tête la première, le bras gauche tendu pour tenter d'amortir sa chute. Elle ne sentit même pas le bras s'écraser dans le sable tant la chute était violente et tout son poids s'écrasa sur... sa joue. Sa nuque se tordit gravement et pendant une seconde, elle crut qu'elle était morte. Vraiment. Ce n'était pas possible, elle ne pouvait pas être vivante après s'être cassé le cou, elle ne sentait plus son corps, elle ne pouvait plus bouger, elle ne voyait plus rien.... C'était étrange, presque comme une résignation : dans une seconde, elle serait morte et elle n'avait pas le temps de penser pour regretter quoi que ce soit.

    Mais la seconde d'après, elle était toujours vivante, des fourmis dans tout le corps, incapable de respirer normalement. De panique, elle haletait les yeux fermés, à demis consciente, sa nuque la faisant atrocement souffrir. Heureusement que la monitrice s'accroupit près d'elle et la rassura ; elle lui parla doucement, l'aida à calmer sa respiration, à se mettre sur le dos et à plier doucement ses jambes. C'était comme soulever une montagne mais elle y parvenait, c'était déjà ça. Elle n'était pas paralysée, le monde pouvait s'écrouler, elle allait bien, elle avait la vie devant elle...

    Mais tout de même, après s'être rincé le visage - qui, par ailleurs, était sérieusement griffé à sang par le sable -, elle voulut remonter sur Quenver, car il faut toujours remonter à cheval après une chute, sinon, on ne remonte jamais. Elle n'avait pas senti son poignet mais lorsqu'elle fut de nouveau en selle, il la fit tant souffrir qu'elle fut aussitôt obligée d'en descendre, à moitié pliée en deux, le cou raide. Le bilan à l'hôpital fut plus clément qu'elle pensait : éclatement osseux, immobilisation du poignet pendant cinq semaines, et sérieux torticolis à soigner avec une minerve pendant une semaine.

    Après cette chute et une interdiction de monter avant cinq semaines, l'équitation devint un sport plus difficile et angoissant pour elle. Elle reprit les cours lentement, en douceur, sur des chevaux paisibles pour éviter de forcer sur son poignet encore fragile. Elle ne remonta Quenver que plusieurs mois après et malheureusement, sa complicité avec lui s'en trouva diminuée...

    Elle avait appris les dures lois de l'équitation et pu mesurer la dangerosité d'une telle activité. A présent qu'elle se savait loin d'être invincible, elle n'osait plus monter le coeur léger, apprécier la vitesse et la hauteur des sauts. Diminuée, elle finit l'année dans l'angoisse et fut de toute façon forcée d'arrêter l'équitation en raison des études qu'elle faisait ailleurs.

    Aujourd'hui, elle s'aperçoit que ce qui lui plait le plus, c'est la randonnée à cheval. Ce plaisir de se sentir libre, sur des chevaux habitués au grand air, c'est quelque chose d'unique et je le sais bien, moi qui ai fait des dizaines et des dizaines de promenades... Moi aussi, la montagne, les grandes prairies m'attirent. J'aurais bien voulu être ponette de randonnée ! Quant à mon humaine, elle a donc fait de la randonnée l'été qui a suivi et pour l'instant, elle n'est pas remontée mais elle songe à aller faire un tour au centre équestre. Je crois que voir de nouveau Quenver lui rappellera des souvenirs agréables et qui sait ? Peut-être la reconnaîtra-t-il ? 

     

    Quenver a bien été quelquefois pris en photo ou filmé, mais les images sont protégées. Ici, quelques adresses où vous pourrez faire sa connaissance :

    http://www.flickr.com/photos/28899289@N05/2914647490/

    http://www.youtube.com/watch?v=E--R8XTWipU (vidéo)

    http://www.youtube.com/watch?v=g-ERtGarNAU (vidéo)

    En voici bien une mais elle n'appartient pas à mon humaine et ce n'est pas elle qui le monte. On trouve cette photo à cette adressehttp://liiz0u-x.skyrock.com/ :

     

    Un temps de chiens

    Même jeune fille qui le monte, qui n'est pas mon humaine, cette fois sur ce site : http://h0rs3-x-m3.skyrock.com/ :

     

    Un temps de chiens

    Un temps de chiens

    Un temps de chiens

    Pas vrai qu'il est plutôt beau gosse ?

     

     

     

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    Les races préférées de mon humaine

     

    Il y a des chevaux qui font rêver, et ma cavalière a toujours rêvé d'en posséder un ou deux, plus tard, quand elle aura les moyens. C'est un de ses plus grands buts et elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour y parvenir. J'ai remarqué qu'elle avait des préférences pour certaines races de chevaux, alors je vous les mets ici (c'est vrai qu'elles sont belles ! Mais la plus belle à mes yeux reste le shetland, non mais !) :

    - L'Irish Cob :

    Alors là, celui-là, il est super. On dirait un énorme poney. Vous ne trouvez pas qu'il a une bonne bouille ? Avec sa longue crinière ondulée et épaisse, l'Irish Cob est le plus majestueux des chevaux dits de trait, et aussi l'un des plus grands. Ces longs poils sont vraiment... Magnifiques ! Et puis l'Irish Cob a surtout un caractère des plus adorables : intelligent, c'est un animal très doux qui peut nouer avec son maître une profonde amitié. Il est montable et, relativement léger pour un cheval de trait, il peut certainement faire de l'obstacle.


     

    Une dernière, pour la route, celle d'un poulain qui est pourtant déjà bien plus grand que moi !

     

    - Le Pur-Sang Arabe (si célèbre et tellement aimé):

     

    Pourquoi est-ce que vous, les humains, vous trouvez toujours au Pur-Sang Arabe une beauté inégalable ? Ca me tue de devoir le dire car je crois en être un peu jalouse et je préfèrerais qu'il n'y ait pas d'explications, mais je crois en avoir quelques-unes. 

    Alors voilà, le Pur-Sang Arabe est un cheval du désert, il est donc très puissant pour pouvoir courir dans le sable, et surtout très endurant. Ses membres sont fins mais musclés, il n'est pas très grand mais court vite à grandes foulées. Savez-vous que cet animal est un peu l'ancêtre de tous les chevaux répartis dans le monde ? C'est dans le désert qu'est né le cheval et le Pur-Sang Arabe est une race très ancienne, mythique en quelque sorte. Il peuple nos récits, nos légendes, il imprègne l'Histoire. Son port de tête unique et sa queue qu'il porte en panache en font un animal gracieux plein de fougue et d'adresse. Ses yeux brillent d'intelligence et d'audace, il est courageux et on ne l'intimide pas facilement. Idéal pour la randonnée, c'est aussi un très bon compagnon de route qui saura s'attacher à son maître et lui rendre sa tendresse.

     

     

     

     

    Je n'ai pas pu résister à en mettre autant, ce sont quand-même des canons de beauté de nos milieux ! Quelle classe, quelle élégance, quelle fierté ! Moi je suis scotchée.

     

    - Enfin, pour l'instant, voici une race en plus qui émerveille mon humaine (et c'est vrai qu'elle n'est pas mal du tout... Je ne savais même pas qu'elle existait !), le Rocky Mountain Horse de robe silver dapple. C'est un cheval très rare en Europe, il est élevé principalement au Canada et nous vient des Appalaches ; rustique, résistant au froid et à la frugalité, ce cheval est un très bon randonneur. Son pied est sûr dans les rochers et son ossature est plutôt fine ; pas grand, il ressemble parfois à un poney mais c'est plutôt un petit cheval ou un cheval de taille moyenne. Son caractère est doux et calme et c'est un compagnon très agréable, surtout pour la randonnée. En plus, il est facile à manier, même pour les enfants, et fait fureur en ce moment dans le monde. C'est une race miraculée, on n'en compte que 7000 aujourd'hui sur le globe. Quelques élevages ont vu le jour en France, pour les éventuels intéressés. C'est vraiment un cheval parfait : il est d'une gentillesse incomparable, est très coopératif et donne l'impression d'avoir de l'expérience même quand il est tout jeune et non dressé. Céty pas chou ! 

     

     

     

     

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    A Ne pas négliger : l'éthologie

     

    On en parle de plus en plus souvent en ce moment, voici que vient l'ère de l'éthologie. Terme étrange pour désigner la science de murmurer à l'oreille des chevaux. J'avoue que ce n'est pas pour me déplaire : débourrer un cheval et lui apprendre la confiance envers l'Homme en douceur, c'est bien quelque chose qui m'attire et je suis certaine que nombre de mes confrères les chevaux sont de mon avis. 

    Murmurer, c'est à la portée de tous ceux qui s'y essaient s'ils prennent le temps de se renseigner. Des fermes équestres proposent désormais des stages pour former à l'éthologie, mais on trouve aussi des cours rapides et gratuits sur Internet. Il s'agit d'adopter les attitudes du cheval et de savoir comment il fonctionne pour mieux vous faire comprendre. Si je trouve de bons documents sur l'éthologie et comment la pratiquer, je les publierai ici ou communiquerai les liens. En attendant, je vous encourage, vous qui avez eu la patience de supporter mes bavardages et mes photographies en tous genres sur mon monde équestre, à vous documenter si cette pratique vous intéresse. La complicité établie entre le cheval et l'humain est certainement incomparable et peut faire des miracles, avec tout type de cheval. Je vous assure, j'ai vu certains de mes confrères être montés sans rênes et guidés simplement aux gestes esquissés que faisait leur cavalier ; une jeune jument qui n'avait plus d'espoir de marcher suite à un accident, a réappris grâce à l'éthologie à se tenir debout et on peut à présent la monter.

    Je vous laisse deviner le trésor que représente cette nouvelle pratique... 

     

    Une adresse pour vous initier un peu plus à l'éthologie http://www.linternaute.com/femmes/famille/cheval/dossier/apprendre-a-murmurer-a-l-oreille-des-chevaux/presentation-du-haras-de-la-cense.shtml

     

     

     

     

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    Les Films

     

    Chers amis, laissez-moi vous parler de ces films qui m'ont plu, et qui nous racontent quelques histoires très liées aux chevaux :

     

    L'Etalon noir


    Dur de trouver une bande annonce quand le film date de 1973... La meilleure vidéo que j'aie trouvée, c'est celle-ci, même si elle n'avance pas à grand-chose.

    Synopsis du début de l'histoire : Un enfant, Alec Ramsay, rentre des Indes avec son père sur un grand paquebot où les riches jouent au poker. Le jeune garçon s'ennuie et erre sur le bateau. Il découvre bientôt un endroit du bâtiment flottant où des gens retiennent péniblement en captivité un étalon noir qui ne cesse de se cabrer et de hennir sauvagement. L'enfant est fasciné, mais on le chasse...

    Quelques heures plus tard, le bateau coule. C'est la panique, Alec est séparé de son père, il tombe à l'eau, se croit perdu... Quand tout à coup, dans les ombres noires des vagues agitées sous la nuit noire, il aperçoit... l'étalon, qui nage comme il peut pour s'en sortir. Alec parvient à rejoindre l'animal auquel il s'accroche...

    Lorsqu'il se réveille, il est seul, sur la plage d'une île totalement déserte. Il survit comme il peut, faible, abandonné... Quand soudain il entend un hennissement. L'étalon, magnifique pur-sang arabe, totalement sauvage, erre lui aussi sur l'île.

    Cette histoire m'a beaucoup plue ; elle commence certes à dater, mais j'ai trouvé cette complicité qui naît tout doucement entre les deux rescapés, et qui va les mener petit à petit à des sommets auxquels ils n'avaient jamais rêvé, très émouvante. J'ai beaucoup moins aimé Le Retour de l'Etalon noir, qui est la suite... Quant à la Légende de l'Etalon noir, je ne l'ai pas vue. Je ne savais même pas que ce troisième film existait jusqu'à aujourd'hui.

    Prince Noir

     


    Ce film est un des plus tristes que j'aie jamais vus. Impossible de trouver une bande annonce pour lui, pourtant il ne s'agit pas de la version des années 70 mais celle des années 90... Je vous préviens, si vous regardez ce film, achetez dix tablettes de chocolat pour vous remonter le moral après, parce que ce film est tout simplement horrible. Vous avez un petit aperçu avec la musique... Prince Noir est un magnifique étalon noir à tache blanche sur le front. Il naît dans un grand ranch, il est aimé par ses maîtres qui le cajolent et le chouchoutent. Toute l'histoire est vue à travers les yeux du cheval lui-même. 

    Le problème, c'est que la mère de ses jeunes maîtres tombe malade. Elle ne peut pas rester dans la région, il faut partir... Et vendre les chevaux. Prince Noir va quitter tout ce qu'il aimait pour être lancé dans la vraie (et triste) vie des chevaux de l'époque...

    Horrible. Rien que d'entendre la musique, ça donne envie de pleurer, pourtant je n'ai pas vu Prince Noir depuis au moins six ans.

     

     

     

     

     


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