• Felicidad, de Jean Molla

     

    Tout d'abord, je tiens à préciser que cette chronique est la première que j'aie faite et elle est vraiment très médiocre du point de vue de la forme. Très scolaire, peu engageante, longue... Mais voilà, j'ai beaucoup aimé Felicidad et il y a plusieurs mois que je l'ai lu, aussi réécrire une chronique signifierait d'abord relire le livre, or... je n'ai pas vraiment le temps... Alors je vous laisse quand-même cette chronique, car vraiment, Felicidad en vaut la chandelle, même pour ceux qui n'aiment pas la SF.

     

     

    Beaucoup de choses à dire pour ce petit roman ! Je suppose que vous devez avoir lu les nombreuses précédentes chroniques à son propos, je vais donc essayer de ne pas trop répéter les choses. Cependant, il y a certains points que je voudrais ajouter.

    I) La couverture

    Quand on voit ça, on s'attend immédiatement à un roman de science fiction. Cette armée de visages inexpressifs nimbés d'une lueur bleutée, fait penser à l'armée de statues de la Cité Interdite, destinées à défendre l'empereur chinois jusque dans la mort. Une armée, oui, c'est le mot. Mais une armée de statues ou... de robots ? Déjà, devant cette image, on ressent un malaise, un trouble. On s'interroge... De quoi s'agit-il ?

    II) L'histoire, avant-goût

    Quand on entre dans le livre, on a l'impression d'être confronté à une nouvelle version du "Meilleur des Mondes", oeuvre fondatrice de la science fiction que nous propose l'Américain Huxley. Dans l'un comme dans l'autre, la société se veut parfaite et pour cela... La liberté des individus est supprimée de manière perverse : en apparence, ils sont libres. Mais ils sont tellement formatés à obéir aux lois sans broncher, notamment par la propagande, qu'ils agissent en fait comme des robots. Autre détail qui fait penser au "Meilleur des Mondes" : les parumains, ces imitations humaines conçues pour faire les travaux ennuyeux ou difficiles à la place des humains. Considérés comme des gadgets, des machines, ils sont dits dotés d'une imitation de conscience et sont habilement contrôlés pour obéir sans broncher. L'horreur de leurs conditions de vie se dévoile à travers tout le livre, car, savamment entremêlées à l'action, les descriptions révèlent à chaque fois un nouveau détail de fonctionnement de la société de la Grande Europe. Et puis les chapeaux du texte placés au début de chaque chapitres, sous forme de citations de différents auteurs contemporains à l'histoire, nous aident non seulement à comprendre ce monde, à mieux le cerner (notamment en le dotant d'une littérature, ce qui lui donne une consistance, un relief), mais aussi nous apporte différentes visions de la société en question, propres à chaque auteur de citation. 

    Le début : je rejoins la plupart des chroniqueurs sur ce point : on n'entre pas facilement dans le livre. Si le style des phrases ne m'a pas gêné et si le vocabulaire ne m'a pas beaucoup dérangée (j'avais lu le glossaire avant, et je vous conseille d'en faire autant^^), il est vrai que le changement de points de vue (celui de Buisson, ministre du Bonheur obligatoire, celui d'Arouet, conseiller spécial du ministre de la Sûreté intérieure...) n'aide pas le lecteur à savoir où il va, et on a du mal à s'attacher à l'un ou à l'autre narrateur. Quel est le personnage principal ? Le danger d'un tel début est que le lecteur se désintéresse de l'histoire par peur de s'ennuyer par la suite. Il est vrai qu'il est important de s'attacher aux personnages, pour s'impliquer dans l'histoire. Là aussi, c'était le défaut du "Meilleur des Mondes" : les personnages n'étaient qu'un outil pour présenter le monde en question, lui-même une critique de notre société, et le lecteur suivait l'histoire de loin. 
    Mais à partir de la 80ème page à peu près, ça y est, l'histoire démarre. Deckked s'affirme comme personnage principal et le mystère de l'enquête, d'abord difficile à cerner puisqu'on avait l'impression de savoir déjà de quoi il s'agissait, s'épaissit. Pourquoi le commanditaire de l'enquête souhaite-t-il préserver de grandes zones d'ombres dans l'affaire ? Pourquoi de nombreux intrigants trouvent-ils accidentellement la mort depuis des années déjà ? Qui sont ces étranges parumains à la force incroyable, où se cachent-ils, que mijotent-ils ? Deckked ne joue-t-il ici que le rôle d'enquêteur ?? 
    Alors les événements s'enchaînent, un à un, de plus en plus vite. Les rebondissements fusent et l'auteur, Jean Molla, s'amuse à piéger le lecteur, à le perdre, à le tromper. Du coup le suspense ne cesse d'augmenter, et alors que j'avais mis plusieurs heures à lire les cent premières pages, j'ai dévoré la suite en si peu de temps que quand j'ai refermé le livre, j'ai été surprise par ma vitesse. Et par toutes les révélations, qui vous font tomber si vous n'êtes pas assis. Finalement, le fait que l'oeuvre commence si lentement est un atout : le lecteur est d'autant plus surpris par l'explosion d'action et de révélations qui suivront. On en sort avec une très bonne impression ! Quelle enquête ! On aime Deckked, on aime certains personnages qui, pourtant, ne devraient pas l'être aux dires du camp qui se dit le meilleur, le camp parfait. On commençait l'histoire avec les points de vue de ce camp-là, et on aime les retournements de situation !
    Une petite critique cependant : Certaines révélations étaient prévisibles longtemps à l'avance. On l'oublie vite puisqu'elles sont accompagnées d'autres révélations qui vous prennent de cours. 

    III) Le(s) message(s) :

    Oui mais voilà, "Felicidad", ce n'est pas qu'un roman policier. On croit qu'il s'agit d'un simple roman d'anticipation mais... J'ai été très chamboulée par les nombreux messages qu'il nous prodigue. Détrompez-vous, il ne nous mâche pas le travail ! Pas de personnage sentencieux qui exprime les morales à voix haute, non. Juste une description d'une société qui, au départ, apparaît comme un futur imaginaire de notre monde à nous. Sauf qu'étrangement, cette société ressemble à la nôtre... Presque trait pour trait. Les choses sont-elles déformées ou bien ne sont-elles pas plutôt des métaphores pour souligner les perversités grandissantes de notre société à nous ?? Ces grandes sociétés comme Génégène qui deviennent si prospères qu'elles ont le véritable pouvoir sur l'État, cette incitation grandissante à la consommation, cette notion de Bonheur obligatoire qui rappelle l'American dream... Et je passe beaucoup de détails. Lecteurs, attendez-vous à vous horrifier à la lecture de ce livre, parce que ce qu'il nous dépeint, ce n'est pas un autre monde, c'est le nôtre !! Il nous invite à nous poser des questions, à faire le lien, nous-mêmes, avec ce qui nous entoure, ainsi le lecteur n'est pas du tout passif face à ces pages noires de texte. Voilà, il y a comme un lien fort qui unit le lecteur au livre. C'est incroyable comme un écrit si petit peut arriver à dépeindre parfaitement, non pas l'apparence de notre monde mais son essence, son véritable visage. 
    Mais il n'y a pas que cela. Il y a aussi beaucoup de philosophie, et si vous voulez vous y former un peu, je vous conseille de le lire ! Oh, non, Jean Molla ne revendique pas l'oeuvre comme un livre philosophique. Mais quand on lit, on en vient à se poser beaucoup de questions... philosophiques. C'est destabilisant, cette société qui se veut parfaite. Beaucoup de fois on a essayé d'en fonder une... Alors, existe-t-il une société parfaite ? Comment en former une ? L'État doit-il tout se permettre pour bien fonctionner, même si c'est au détriment de la population, pour le bonheur de laquelle il a pourtant été fondé ? Qu'est-ce qui ne va pas dans les utopies déjà proposées ? Pour ma part, j'ai cherché réconfort auprès d'un grand philosophe historique : Machiavel. Il nous livre une belle réponse à cette grande question, et sincèrement, je vous souhaite d'écouter les leçons qu'il nous prodigue ! Autre question : qu'est-ce que l'Homme ? Quel est son destin ? Jusqu'où peut-il se permettre de mener son intelligence ? Cette dernière est-elle un don de la nature, un hasard, et surtout, est-elle là dans un but particulier ?

    En tout cas, il y a là une véritable critique du capitalisme excessif : on oublie que l'État fut créé pour le bien-être des citoyens. Aujourd'hui tout est fait pour qu'une société prospère, même si on ne voit pas que plus il y a du progrès, plus le chômage et la misère augmentent.

    À chacun de se faire une idée en lisant ce livre, que je vous recommande sincèrement. Moi, je lui mettrais 19/20 ! Pas de morale : à vous de la déduire à votre guise, ce qui fait que la lecture de ce livre est très, très personnelle. Et si vous n'avez pas envie de réfléchir, prenez-le comme un bon divertissement, car l'enquête est géniale ! 

     

    Chronique rédigée pour Gallimard Jeunesse, sur leur blog http://groups.skyrock.com/group/8a2m-ON-LIT-PLUS-FORT-Harry-Potter-Fantasy/30

     

     



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  • Commentaires

    1
    Mardi 8 Février 2011 à 15:48
    pas de moral ne t'inquiète pas ^^ Je lui aurait mit 17/20 donc je te comprend ^^
    2
    Vendredi 11 Février 2011 à 18:39

    ^^ Merci =)

    Oui, c'est à peu près la note que j'aurais mise aussi, quoi que je sois nulle pour attribuer une note à un auteur (j'hésite toujours)...

    3
    Ludelle
    Samedi 19 Mars 2011 à 11:11

    Hey !

    Je commence à lire Felicidad et jusque là j'adère !

    Merci de tes belles critiques !

    Ludelle

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