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    Reckless, de Cornélia Funke

     

    Posé entre tes mains, le livre à la couverture mystérieuse te fixe avec intensité, de son oeil ambré, figé. Il t'appelle cet oeil, il t'intrigue, et tu devines à ses sourcils froncés, à la peau étrangement craquelée qui l'entoure, qu'une ombre planera sur l'histoire. Quelque chose de dramatique... De terrible. Alléchant. Tu ouvres la page cartonnée, tu respires l'odeur du papier, et l'auteure vient te prendre par la main ; elle sait manier la plume, autant pour l'écriture que pour le dessin, et le croquis qui ouvre le chapitre comme une clef, t'aide à entrer dans le monde singulier où vit, depuis plusieurs années, le jeune Jacob Reckless. Quel plaisir de découvrir dans ce livre l'essence à peine modernisée des contes d'Andersen et des frères Grimms, ces contes si sombres venus de l'Est, qui ont bercé ton enfance et t'ont appris la peur. Ce n'est pas commun, un roman qui oublie les elfes, les centaures et les sphinx, et qui cherche à se souvenir des vieilles légendes nordiques, de les ranimer, et d'y apporter une petite touche de la personnalité de l'auteur. Ces licornes si cruelles, ces nains qui ont quitté leurs mines pour les villages, ces sorcières bienveillantes et ces fées malfaisantes... Tu apprécies cette initiative de fuir les clichés, qui reviennent si souvent dans tant d'oeuvres de Fantasy en ce moment !

    Oui, mais tout de même, tu es déçue. Déçue, parce que les chapitres, trop courts, donnent l'impression d'une succession un peu brouillonne de scènes qui auraient pu être mieux étudiées. Les moments de suspense ne sont pas poussés jusqu'à leur comble, ce qui fait que tu es frustrée. Tu n'as pas assez peur, et quand viennent les scènes de bagarre, tout se déroule si vite que tu n'en mesures pas l'importance. Jacob est attachant mais l'on n'a pas le temps de faire sa connaissance, sa manière d'entrer dans le nouveau monde est trop vite racontée et... un peu cliché malheureusement. Le monde derrière le miroir... D'où vient-il, quel est-il, pourquoi derrière ce miroir et pas un autre ? On dirait que l'auteure saute cette étape, met l'histoire du miroir dans un tiroir pour peut-être ressortir l'explication dans les tomes suivants, sauf que tu n'es pas assez intriguée par ce mystère pour en attendre la réponse. Tout va trop vite : le roman commence très, très rapidement, tu es destabilisée car tu n'as pas le temps de te familiariser avec l'univers de Cornelia Funke. Tout va si vite qu'on a parfois l'impression que le livre est une sorte de catalogue des légendes nordiques, ce qui est bien dommage... Enfin, Cornelia Funke écrit bien mais elle a quelques tics de langage qui sont parfois agaçants : trop de phrases très courtes, censées relever la monotonie du texte, mais qui finissent par exaspérer.

    Ainsi, tu es très mitigée. Ce n'est pas que tu n'aimes pas Reckless, non, parce qu'en même temps tu aimerais tellement l'adorer, le dévorer, tant ces légendes te rappellent des choses, des émotions, et tu es si frustrée de ne pas arriver à les ressentir de nouveau, ces émotions... Tu te dis que peut-être les tomes suivants te plairont mieux, tu songes à ces beaux croquis que tu as adoré regarder et dont tu aimerais voir les futurs frères. Et puis peut-être que Reckless s'adresse à un public plus jeune, d'environ onze/quinze ans... 

    Alors tu préfères ne pas trop te prononcer, ne pas dire que tu aimes ou que tu n'aimes pas, tu es trop partagée. Tu attends la suite pour te décider...

     

     

    Chronique rédigée pour Gallimard Jeunesse, sur leur blog http://groups.skyrock.com/group/8a2m-ON-LIT-PLUS-FORT-Harry-Potter-Fantasy/22

     

     

     


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  • Commentaires

    1
    katsugan
    Mardi 1er Février 2011 à 17:24

    j'adore tes chrittiques !!!! ^^

    2
    Mardi 1er Février 2011 à 23:58

    Merci beaucoup Katsugan !

    Très bonne journée à toi, à bientôt peut-être !

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